Mardi, le 05 février 2008Par Leel Pathirana – Asian tribuneDr. Peter Leitner est le président du Centre de recherche Higgins pour l’antiterrorisme. Il est ancien professeur au centre national pour la défense bio de l’Université George Maso aux USA.
Dr. Peter Leitner s’adresse aux Sri Lankais à l’auditorium mémorial des vétérans à Los AngelesIl 
est également membre et professeur au Centre pour les études avancées de défense et est responsable des questions liées au terrorisme, aux renseignements et au cyberguerre.Dr. Leitner a passé plus de 30 ans au service fédéral, dont 21 ans à différents postes dans le Ministère de la défense. Il a témoigné plusieurs fois devant le congrès des USA et a un doctorat délivré par l’Université de Californie du sud ainsi que quatre maîtrises. La compréhension et les études approfondies du Dr. Leitner sur le conflit séparatiste du Sri Lanka ont attiré l’attention de beaucoup de Sri Lankais qui habitent aussi bien au Sri Lanka qu’à l’étranger. Dr. Leitner a déclaré que le Sri Lanka est le meilleur laboratoire pour étudier les mesures antiterroristes. L’interview qu’il a exclusivement donnée à Leel Pathirana d’Asian Tribune se trouve reproduit ci-dessous : Leel Pathirana : Bienvenu à Asian Tribune, Dr. Leitner. En tant que chercheur et analyste de longue date, comment voyez vous la guerre séparatiste au Sri Lanka ? Dr. Leitner: Je vois la guerre au Sri Lanka comme un triste héritage du colonialisme européen. La plupart des conflits actuels auxquels nous devons faire face ont été créés dans le sillage du colonialisme. Le Sri Lanka est un cas d’étude malchanceux pour montrer comment les anciens pouvoirs coloniaux ont monté l’un groupe ethnique contre l’autre dans l’objectif de perpétuer leur propre pouvoir à l’aide des stratégies de division et de domination. Et maintenant ils font semblant de ne point être responsable de la division qu’ils avaient créée et le carnage qui en a résulté.Cette histoire n’excuse point le LTTE et ses sympathisants de la responsabilité directe des actes terroristes barbares, des troubles et du nihilisme qu’ils ont quotidiennement perpétrés sur les civils innocents. Leel Pathirana : Vers la fin de l’année 1983, le LTTE était une organisation conventionnelle de guérilleros. Mais plus tard, ils sont devenus innovateurs, ont pris de la force et réussi à assassiner deux chefs d’Etat : premier ministre de l’Inde, Rajiv Gandhi et le président du Sri Lanka, Ranasinghe Premadasa. Ils ont trouvé leurs propres tueurs kamikazes, innové l’aile maritime des Tigres et se sont entraînés à piloter des avions ultralégers. Comment décrivez-vous leur développement ? Dr. Leitner : La transformation du LTTE en la machine de terreur qu’il est aujourd’hui est dû à un entrecroisement de plusieurs éléments: l’expertise technologique, le soutien financier d’une diaspora qui est très éduquée et puissante, un dirigeant sans remords et amoral, la mentalité perverse et absolutiste du dirigeant du LTTE, le soutien peu judicieux de la part de certains pays et un vide créé par une véritable ambivalence démontrée par les pays démocratiques à l’occident vis-à-vis des conflits dans les pays lointains qui ne disposent pas de gisements de pétrole ou de gaz. De cette prescription dangereuse qui promeut des conflits perpétuels, le LTTE a émergé en tant que group de plus en plus frustré et radicalisé. Il est maintenant capable même de déclarer une guerre totale aux conditions qu’il impose. Le manque de véritables réponses de la part de la communauté internationale en ce qui concerne les atrocités du LTTE– dont les meurtres de deux chefs d’Etat en exercice- leur ont montré qu’aucune conséquence négative n’émanera pas de leurs actions, même les actions les plus brutales ou abominables. Leel Pathirana: Comment classeriez-vous le LTTE et l’Al Qaïda? Dr. Leitner: Le LTTE et l’Al Qaïda sont deux entités nettement distinctes qui partagent pourtant une série de tactiques communes et une croyance commune. Selon cette dernière, les deux groupes croient qu’il est possible d’amener des changements politiques en tuant systématiquement des civils innocents. Des deux groups, c’est le LTTE qui est le plus professionnel, le plus innovateur et le plus compétent dans le domaine technologique. En plus, il emploie plus de tactiques à multiples facettes. Alors que le LTTE innove, l’Al Qaïda imite. Le LTTE est l’enseignant malice alors que l’Al Qaïda est l’élève sociopathe. Leel Pathirana: Quels sont les pays principaux auprès desquels le LTTE se sont procuré des armes? Quelles sont ces armes et comment les ont-ils obtenus? Dr. Leitner: Le LTTE se sont approvisionné d’armes grâce à un réseau de trafiquants sans scrupules qui opèrent dans l’Etat de Tamil Nadu au Sud de l’Inde, en Bulgarie, en Ukraine, au Chypre, au Cambodge, en Thaïlande, en Birmanie, en Croatie et ailleurs. Elles comprennent les suivantes:1. Tamil Nadu - Explosifs, armes et d’autres équipements2. Bulgarie - SA 14, LAW3. Ukraine - 50 tonnes de TNT et 10 tonnes de RDX 4. Chypre- RPGs5. Cambodge –armes légères6. Thaïlande - armes légères7. Birmanie - armes légères8. Croatie - 32,400 mortiers Leel Pathirana: Depuis quelques années, les stratégies du LTTE ont dramatiquement changé et la plupart des offensifs qu’ils ont menés contre les forces de sécurité du Sri Lanka se sont aboutis en échec. Comment évaluez-vous cette situation? Dr. Leitner: En montrant leur volonté et leur capacité de mener des attaques directes sur les forces de sécurité, je pense que le LTTE espère, en partie, convaincre leurs partisans, les gouvernements de l’Occident, particulièrement l’UE et les USA, qu’ils représentent un mouvement national de libération, et par conséquent, qu’ils ne doivent pas être considérés comme des terroristes et être soumis aux sanctions. En employant des tactiques de guerres conventionnelles- des bombardements des bases militaires, des attaques en mer sur les navires de la marine, des assauts en petits groupes sur les troupes d’Etat, etc., le LTTE souhaite obtenir un effet de propagande, même si, les forces de sécurité du gouvernement gagnent pratiquement toute confrontation de ce type. Ces attaques font partie importante de la campagne “psychologique” et “informative” du LTTE. Ils mènent cette campagne en même temps que leur campagne inexorable de terreur contre la population civile. Leel Pathirana: Pour la première fois dans l’histoire de la guerre au Sri Lanka contre le LTTE, l’année dernière, le gouvernement a pu libérer la région entière de l’Est avec un nombre de victimes civils très bas.En ce moment, le gouvernement est en train de construire des infrastructures massives et de relocaliser les habitants de l’Est qui sont déplacés à l’intérieur du pays. Etes-vous satisfaits de ces initiatives de la part du gouvernement ? Dr. Leitner: Relocalisation, rapatriement, construction des infrastructures, réintégration à l’économie nationale sont toutes des mesures indispensables pour garder la nation unie. La capacité de pardonner et de se revaloriser est essentielle si l’on veut rétablir la confiance à un Etat pluraliste à un gouvernement central unique. Il s’agit d’une rue à double sens. Lorsque le gouvernement fait des efforts en se montrant magnanime, accueillant, prévisionnel et comme représentatif de tous les groupes religieux, ethniques et linguistiques, il fait un investissement. Il observera et évaluera la loyauté et l’allégeance de ces personnes déplacées pour déterminer l’efficacité de ces programmes. Dans ces situations, une chose est sûre- les demi-mesures, les mesures inadéquates ne marchent pas, ne donnent pas de résultats- l’engagement devrait être sincère et il devrait être étayé par le financement et l’action. Leel Pathirana: Le Gouvernement du Sri Lanka (GoSL) s’est officiellement retiré de l’accord du cessez-le-feu (CFA) le 16 janvier 2008. Depuis qu’on a signé le CFA le 22 février 2002, le LTTE l’a violé à 3830 fois et le GoSL 351 fois. Quel est votre avis en ce qui concerne l’abrogation du CFA au milieu des combats avec le LTTE? Dr. Leitner: Les cessez-le-feu qui n’existent que sur les papiers ne fonctionnent jamais. Les diplomates peuvent contester ce que je dis en argumentant que les cessez-le-feu sont des mesures prévues à rétablir la confiance et qu’ils représentent un pas de plus vers la réconciliation. Mais, sauf si les leaders des partis impliqués dans la guerre les considèrent sérieusement, les cessez-le-feu peuvent s’avérer des actes d’aveuglement qui tolèrent la continuation des massacres des innocents. Quand les leaders rationnels comprennent à la fin qu’une victoire militaire n’est pas atteignable, ils considéreront des approches alternatives comme la négociation. Un gouvernement qui semble être épuisé du conflit ou est usé face à un opposant sans pitié ne pourra jamais connaître la paix. Et les atrocités commises par ses opposants continueront à augmenter. En ce qui concerne la stratégie actuelle du LTTE- l’augmentation de leur tempo opérationnel- peut signaler leur désespoir autant que leur désir de se faire remarquer comme une puissance non négligeable avec laquelle il faut compter. Leel Pathirana: Le processus de paix au Sri Lanka qui a été facilité par le gouvernement royal du Norvège a misérablement échoué. 85% des Sri Lankais sont mécontents du rôle que le Norvège y a joué et sont également peu satisfaits de la Mission d’observation (SLMM). La raison en est que le LTTE a profité du CFA pour se procurer des matériels militaires en très grande quantité. On dit que c’était après avoir signé le CFA en 2002 que le LTTE a fait entrer les avions ultralégers au Sri Lanka. Lorsqu’on facilite un processus de paix, comment faut-il faire pour ce qui est de l’administration et de l’observation? Dr. Leitner: Les médiateurs multinationaux ne cicatrisent pas les divisions sociales. Ils ne sont qu’un expédient à court terme. Dans le cas où ils les laissent irrésolues, les divisions ne peuvent que se perpétuer. Pour les problèmes de l’île du Sri Lanka, il faut une solution qui sera unique et sri lankaise. Il est possible que la pression militaire mariée avec un programme généreux de relocalisation/reconstruction et de modernisation soit la meilleure probabilité pour une paix à long terme. On devrait trouver une solution visant à partager la prospérité et les opportunités en même temps que le gouvernement continue à maintenir sa volonté de garder le pays uni dans toutes les circonstances. Leel Pathirana: Comment évaluez-vous les capacités des forces de sécurité du Sri Lanka qui se battent, depuis 27 ans, avec le groupe terroriste le plus dangereux et meurtrier du monde? Sont-elles capables de faire face à toute guerre non conventionnelle des guérilléros sauvages? Dr. Leitner: Les forces de sécurité du Sri Lanka ont des compétences remarquables dans les guerres non conventionnelles; cependant, aucune force militaire du monde ne saurait affronter immédiatement toutes les menaces. Il faut reconnaître les nouvelles tactiques de l’ennemi, les analyser, les contrecarrer et les neutraliser. Comme c’est toujours l’agresseur qui invente, innove et maximise initialement une nouvelle tactique, il est impossible de dire qu’il n’y ait pas de surprises au niveau stratégique dans l’avenir- Il y en aura sûrement. Même si elles affrontent un adversaire aussi innovateur, intelligent, téméraire et créatif que le LTTE, les forces de sécurité sri lankaises semblent disposer des capacités pour mitiger et limiter l’impacte de ce que le LTTE fera dans l’avenir. Après tout, il faut disposer d’un nombre massif de matériels et d’effectifs pour se livrer efficacement une guerre, saisir des territoires et de les garder. S’engager dans une série exceptionnelle de raids avec un petit avion, avec des bateaux rapides, avec un mini sous-marin, etc. sont des tentatives de s’attirer l’attention de la presse dans l’objectif de se faire remarquer. Mais au niveau du pouvoir militaire, le LTTE n’a pas d’importance. Leel Pathirana: Le FBI a nommé le LTTE comme le groupe terroriste le plus dangereux du monde et a demandé aux donateurs de se méfier des organisations façades du groupe terroriste qui prétendent être des organisations caritatives. En réalité, ces dernières ne font que réunir des fonds pour les activités terroristes. Pourquoi est-ce que les Etats-Unis a pris si longtemps s pour interdire ce groupe terroriste alors que le Gouvernement du Sri Lanka avait fait de nombreuses demandes à cet égard depuis les années quatre-vingt dix? Dr. Leitner: De nouveau -loin des yeux, loin du coeur. C’est souvent la raison pour l’inaction de la politique des Etats-Unis. Il est très significatif que le FBI des USA a formellement catégorisé le LTTE comme “le groupe terroriste le plus dangereux du monde”. Pendant longtemps, le FBI a été extrêmement prudent dans l’attribution de cette étiquette “terroriste”. D’après moi, le fait qu’ils le font maintenant est une manière de reconnaître la centralité du LTTE dans l’ensemble plus grand des groupes et mouvements terroristes dans le monde. Leel Pathirana: Cela ayant été dit, Pouvez-vous dire pourquoi le gouvernement des USA a suspendu l’aide militaire au Sri Lanka alors que ce dernier menait une guerre contre le terrorisme? Dr. Leitner: Il s’agit d’une tactique diplomatique établie qui vise à garder l’équilibre. Souvent, les politiciens ne font pas un effort satisfaisant pour comprendre les conflits qui ne les concernent pas directement. Par suite, ils tentent de créer une équivalence morale entre les victimes et leurs bourreaux. Cette situation résulte de l’ignorance, de l’opportunisme et d’une envie de ne pas être importuné par les problèmes relevant des cultures différentes à la nôtre. Leel Pathirana: D’après vous, le Sri Lanka est le plus grand laboratoire du monde pour ceux qui étudient les mesures anti-terroristes. Pourquoi dites-vous ainsi? Dr. Leitner: Parce que, d’abord (1) d’autres groupes terroristes imitent les innovations et tactiques inventées par le LTTE etc., ensuite, (2) les gouvernements qui luttent contre le terrorisme dans le monde peuvent bénéficier en étudiant ces tactiques et en développant des stratégies pour les contrecarrer. Leel Pathirana : Pour terminer, d’après-vous quelle serait la solution pour ce problème critique? Dr. Leitner: Je pense avoir déjà répondu à cette question avant. - Asian Tribune - |